Une chambre ailleurs. Hôtels d’architectes.

 

Aÿr (France)

BIG (Danemark)

Breath + Deplazes (Suisse)

Con Con (France)

Paul Cournet (Pays-Bas)

Low (Belgique)

Stéphane Maupin (France)

Christian Merlhiot (France)

NL Architects (Pays-Bas)

OMA Rem Koolhaas (Pays-Bas)

PEAKS + Simon Boudvin (France)

Paule Perron (France)

PILA Studio (Etats-Unis)

Guy Rottier (France)

Schemata Architects (Japon)

Jack Self (Royaume Uni)

SOM (Etats-Unis)

Philippe Starck (France)

TATO Architects (Japon)

UHO (France)

Jean-Benoît Vétillard + Matteo Ghidoni (France - Italie)

Paul Vincent (France)

Aussi loin que l’idée de voyage existe, disposer d’un endroit pour dormir a rythmé et conditionné les mouvements de personnes. En Occident, la société industrielle développe un mode d’hospitalité contractualisé qui donne accès à un espace domestique loin de chez soi contre une somme d’argent. Domesticité confortable et sécurisée accessible partout ailleurs, la chambre d’hôtel devient la condition sine qua non pour l’essor de la diplomatie, du tourisme et des échanges commerciaux. « D’un bout à l’autre de la planète, le voyageur sait ce qui l’attend [...] il peut n’importe où trouver l’illusion du même et calmer ses angoisses.»

En tant qu’objet d’étude, la chambre d’hôtel apparaît à l’endroit d’une double généalogie : celle de la chambre et des modes d’hospitalité. En tant que lieu de repos et de retraite, la chambre reste une invention récente qui trouve ses origines dans la domesticité moderne et la structuration conjointe de l’habitation et de la famille occidentale. La pièce « chambre » y compile les qualités de sécurité, d’intimité et de confort nécessaires pour que les corps dévêtus s’y assoupissent.

L’hôtel entre dans une longue succession de modes d’hospitalité (auberges, bivouacs, caravansérails, campings) et regroupe des typologies en évolution constante : garnis, foyer d’hébergement, motel, resort, palace. Avant de produire des architectures spécifiques, l’hospitalité en tant que valeur morale ancrée dans les mœurs et prescrite notamment par les religions judéo-chrétiennes s’inscrit au sein du logement. Accueillir un étranger hors d’un échange commercial est un fait que bon nombre de cultures partagent encore.

Le début du XXIe siècle apporte une modification profonde des modes d’hospitalité. Les mouvements de personnes s’accroissent. Les établissements traditionnels se trouvent en déroute devant la mise à disposition des logements de particuliers, ouverts aux voyageurs gratuitement ou contre rémunération. L’hospitalité, considérée comme obligation légale et morale dans la société préindustrielle, devient un délit. En France, « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte [...] facilité le séjour irrégulier d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30000 euros ». Confronté à cette politisation de l’hospitalité et à la multiplication et l’intrication des identités des voyageurs, l’hôtel, comme l’auberge a pu l’être au Moyen-âge, apparaît comme un mode d’hospitalité révolu auquel s’attache pourtant une forme de nostalgie. Conjointement à son développement, surtout au cours du XXe siècle, l’hôtellerie a été le cadre récurrent de romans et de films. La somme de ces représentations culturelles confère à l’hôtel un statut particulier de « machine à fiction, à fantasmes» comme le précise l’auteur Jean- Jacques Schuhl. Séjourner à l’hôtel s’accompagne de promesses d’aventures.

Qu’ils soient élaborés dans le cadre d’un diplôme d’architecture, d’une biennale, d’un projet de recherche ou d’une commande plus conventionnelle, les projets rassemblés pour l’exposition « Une chambre ailleurs » s’inscrivent à la fois dans cette fantasmagorie de l’hôtel comme lieu des possibles loin du foyer, et montrent aussi la volonté de trouver de nouveaux dispositifs d’hospitalité loin des typologies connues. Au travers des projets, l’exposition aborde les rituels et les espaces produits par et pour les voyageurs volontaires, qu’ils soient touristes, travailleurs ou promeneurs.

Elle montre une domesticité autre, qui n’hésite pas à éprouver des formes que le quotidien ne peut admettre.

Sébastien Martinez-Barat et Benjamin Lafore